samedi 23 avril 2011

Cantique pour la fin du voyage


Résumé: Qui étaient les musiciens qui, selon la légende, jouèrent des valses, des ragtimes et des cantiques pour que les passagers de première classe ne s'inquiètent pas - lors que le Titanic coulait ? Par le biais de sept musiciens fictifs, Erick Fosnes Hansen raconte l'Europe de la culture et de l'art.
sept destins emblématiques comme autant de résumés de la comédie humaine : Jason Coward, le chef d'orchestre londonien, incarnation d'une Angleterre triomphante ; Alex le premier violon, qui a fuit Saint-Pétersbourg ; James Reel, pur Irlandais, qui se veut davantage marin qu'altiste ; Georges Donner, le violoncelliste, un Français, lettré, raffiné, ironique ; Spot, le pianiste allemand, cocaïnomane, qui a abandonné femme et enfant ; David Bliernstern, très jeune violoniste qu'une histoire de cœur a poussé à fuir Vienne, et Giovanni Pétronio Vitellotesta, le contrebassiste, hanté par la magie de la musique et le jeu des apparences. Pour tous ces hommes, le destin a fixé un rendez-vous avec la mort : le 15 avril 1912, quand le navire, après avoir heurté un iceberg, s'enfoncera dans une mer glacée...


Mon avis: La particularité de ce roman c'est qu'avant même de l'ouvrir on en connait déjà l'issue: on sait que le bateau coule. Alors pourquoi lire ce roman: tout simplement, l'intérêt de ce roman est à chercher ailleurs que dans l'histoire du Titanic.
Ce roman nous raconte l'histoire des sept musiciens qui jouèrent jusqu'au bout des valses, des rag-times, des cantiques et qui sombrèrent avec le bateau le lundi 15 avril 1912.

J'ai toujours été fasciné par ce bateau qu'on disait insubmersible (j'ai vu et revu le film Titanic avec Leo et Kate) car il montre une facette de la folie démesurée des hommes: construire toujours plus haut et toujours plus grand (on a vu ce que ça à pu donner avec le Titanic ou le WTC (même si les deux catastrophes n'ont rien a voir. Je fais juste un parallèle peut être hasardeux sur la démesure). Quand j'ai vu ce livre pour la première fois, c'est d'abord le titre (que je trouve splendide de poésie et de mélancolie) qui m'a frappé puis son résumé.
L'auteur nous raconte donc la vie de ces sept musiciens mais se focalise surtout sur le destin de cinq d'entre eux:
Tout d'abord Jason Coward, le chef d'orchestre, fils de médecin qui a été initié à l'astronomie et à la musique étant jeune. Il suivra les traces de son père en faisant des études de médecine mais sa rencontre avec une jeune fille presque morte de froid qu'il recueillera lui fera changer son destin: il deviendra musicien et partira jouer avec Alexandre, un violoniste russe rencontré dans un pub londonien, sur des transatlantiques. Voilà comment il se retrouvera à Southampton le 10 avril 1912 à bord du Titanic.
Puis vient Alexandre, ce russe qui sera embarqué par un de ses amis dans des cambriolages et qui partira à Londres où il fera la connaissance de Jason. Alex avouera à Jason sur le bateau qu'il est condamné par la maladie.
Mais il y a aussi Spot, ce pianiste allemand, que ses parents ont exhibé comme un animal de foire dès son plus jeune âge en proposant des concerts privés chez des aristocrates, faisant de lui un nouveau Mozart. Léo (alias Spot) fuira cette vie et partira étudier à Paris où il fera la connaissance de Danielle, une jeune violoniste de talent qui deviendra sa femme et qui lui donnera une fille. Mais elle partira ne supportant plus le mal être qui envahit Leo. Il sombrera peu à peu dans la drogue.
Le 4e musicien à qui l'auteur s'intéresse est David, le plus jeune de l'orchestre. Il a 18 ans et il a fui Vienne à cause d'une histoire d'amour. La fille qu'il aimait lui en a préféré un autre. Il tentera alors de tuer son rival mais se ravisera et prendra la fuite jusqu'en Angleterre où il sera contacté par l'impresario de la White Star pour remplacer un musicien malade.
Le 5e et dernier musicien n'est autre que Petroniuis, ce contrebassiste italien qui sombre peu à peu dans la folie.

L'auteur a réussi le tour de force de nous faire voyager. Le Titanic n'est qu'un prétexte: en fait, on se trouve sur le bateau que pour quelques moments disséminés dans le roman. Le roman se déroule sur les cinq jours du voyage du Titanic mais, à l'aide de flashbacks, où l'auteur nous raconte la vie de ces cinq musiciens, on quitte le bateau pour parcourir l'Europe de ce début du siècle juste avant le premier conflit mondial: de Londres en passant par St Petersbourg, puis l'Allemagne, Paris, Vienne et l'Italie.

J'ai beaucoup aimé ce roman que je viens de relire (je l'ai lu une première fois il y a cinq ans), et j'ai été touché par le destin de ces hommes (surtout ceux de Jason, Leo et David) et j'ai été ému. Peut être que mon émotion vient du fait que je connaissais déjà le destin funeste qui les attendaient à la fin du roman. J'ai tourné les dernières pages du roman avec le coeur qui battait fort et une fébrilité au bout des doigts. Erik Fosnes Hansen a réussi à nous emmener sur ce navire. Ses descriptions du Titanic et de l'ambiance qui régnait sur le bateau sont les plus belles que j'ai pu lire. J'ai été complètement happé par ces pages et j'entendais presque la musique que ces musiciens jouaient aux derniers instants.

A la fin du roman, Erik Fosnes Hansen écrit que les sept musiciens dont nous avons lus les destinées sont sorti de son imagination. Déjà, il n'y avait pas sept musiciens mais huit sur le bateau: il écrit leurs noms dans la conclusion. Il dit qu'on pourrait très bien raconter leur histoire mais que lui a préféré faire marcher son imagination et nous proposer ses personnages. En revanche, les évènements racontés sur le Titanic viennent de la réalité. C'est ce que j'aime dans un roman: inventer en se servant d'évènements réels.
Il nous dit aussi que le dernier morceau joué sur le bateau par les musiciens avant qu'il coule n'a pas été un cantique mais surement une valse très populaire à l'époque. Mais comme il le dit: ceci est un roman et non un livre d'histoire et qu'il a inventé les dernières heures des musiciens sur le bateau.

En conclusion, un roman bouleversant, qui, même si on connait l'issue, est passionnant de bout en bout car il nous montre une radiographie de l'Europe du début du siècle et de sa culture. De plus avec les cinq histoires des musiciens plus celle du Titanic, l'auteur nous propose six romans en un: j'ai eu l'impression que chaque histoire avait son style et son genre littéraire. Que demander de plus! Un grand roman que j'ai relu avec plaisir et que je vous recommande.



Largo: Haendel (le dernier morceau que les musiciens jouent avant que le bateau sombre dans le roman . C'est le cantique qu'à choisi l'auteur Erik Fosnes Hansen pour clore son roman)



Songe d'automne (voici probablement le vrai dernier morceau que les musiciens ont interprétés avant que le bateau sombre . Une valse très populaire à l'époque)


Erik Fosnes Hansen: Cantique pour la fin du voyage (Salme ved reisens slutt), France Loisirs, 497 pages, 1996

8 commentaires:

  1. Comme toi, j'éprouve une certaine fascination pour ce mythique paquebot (je suis même allé voir l'expo bidon que la Cité de l'Industrie lui avait consacrée il y a quelques années) et j'avais acheté ce roman à sa sortie. En revanche, même si mes souvenirs de lecture sont assez lointains, je me souviens avoir trouvé l'ensemble un peu "léger" et avoir été bien moins enthousiaste que toi.

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  2. Tu m'as donné envie de le lire ! Moi aussi je suis fascinée par le Titanic (à cause du film en grande partie !)
    Je vais donc ajouter ce livre à ma wish list.

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  3. @ICB: Qu'est ce que les gens ne feraient pas pour faire vendre: comme une expo bidon sur ce fabuleux paquebot. Après, pour le livre, je pense que mon ressenti vient du fait que je l'ai fini hier soir et que je suis encore dedans.
    @Co: Je suis ravi de t'avoir donné envie! Ah et le film. J'ai bien envie de le revoir.

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  4. je ne connaissais pas ce roman, merci pour la découverte ! quant au film... mes larmes ont sans doute contribué au naufrage du paquebot !

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  5. @george: De rien! Je vois que je ne suis pas le seul à faire couler le bateau avec mes larmes sur ce film.

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  6. Il est dans ma PAL depuis des années (depuis sa sortie si je ne m'abuse !). Il faut dire qu'on est fasciné par ce paquebot, mon chéri et moi, alors dès qu'on voit un titre qui s'y rapporte, c'est soit noté, soit acheté ;)

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  7. @Joelle: ben qu'est ce qu'il fait dans ta PAL depuis plus de dix ans? Il s'est noyé parmi les autres livres? Ok, je sors!

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  8. Tout ça me donne très envie de mettre la main sur ce livre et de le lire. Même si je ne me suis jamais vraiment intéressé à l'histoire du Titanic, je trouve le destin des personnes qui étaient à bord tragique et magnifique à la fois. Pourquoi cette tragédie est plus belle que d'autres ? Je ne sais pas. Peut-être que Léo et Kate en sont responsables.

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