lundi 8 mai 2017

Un bon garçon

4e de couverture: Irlande du Nord, fin des années 80, en plein conflit entre catholiques et protestants à Ardoyne, quartier difficile de Belfast. Mickey, le narrateur, vit sa dernière journée à l’école primaire avant les vacances d’été. Bon élève, il se réjouit d’avoir été admis dans une Grammar school – collège « d’élite » –, et d’échapper ainsi à ses condisciples actuels. Mais, lors d’un surréaliste rendez- vous chez le directeur, il apprend que son père a dépensé l’argent censé payer sa scolarité. Ce sera donc St. Gabriel, le collège de base fréquenté par son grand frère et tous les gamins du coin.
Le petit chien offert par ses parents ne suffit évidemment pas à faire oublier le goût âpre de ces vacances qui commencent, et Mickey décompte avec angoisse le nombre de semaines le séparant de la rentrée. Rêveur, il passe son temps à inventer des histoires et à imaginer ce que serait sa vie en Amérique. Il adore sa mère et sa petite soeur, mais redoute son père alcoolique et sa brute de grand frère qui, comme tous les garçons du quartier, n’aime rien tant que le tourmenter. Parce que, tous s’accordent à le dire, Mickey est « différent » : enfant doué et sensible pour la plupart des adultes, « petit pédé » qui joue avec les filles pour les autres…

Ce roman d'apprentissage de Paul McVeigh peut juste sembler un bon roman, qui nous fait passer un bon moment, avec un petit garçon de Belfast, qui vit des vacances d'été dans un pays en plein conflit. 
Sauf, qu'après l'avoir refermé, il y a quelques heures, il me trotte dans la tête et je remarque enfin ce qui ne m'avait pas sauté aux yeux: ce petit garçon (Michael alias Mickey) solitaire, n'ayant pas de copain, rêveur, et qui rêve de quitter sa petite vie pour un Collège hors du quartier, c'est tout simplement moi. Je suis ce petit Mickey qui se cherche émotionnellement et qui rêve d'une autre vie. Tout comme lui, j'ai eu des rêves et c'est en fermant le livre, que j'ai enfin compris ce petit garçon différent. 
La plume de Paul McVeigh (très bien retranscrite dans notre langue par Florence Lévy-Paoloni)  m'a complètement transportée, émue. L'auteur a su retrouver la voix de l'enfant qui sommeille en chacun de nous et qu'il est difficile de retranscrire avec des mots. Sauf que la voix du petit Mickey est audible et vous murmure à l'oreille et au coeur. Elle vous bouleverse au plus haut point et elle m'a tiré quelques larmes (peut être un peu de nostalgie, qui sait). 
Ce roman est aussi le portrait d'un pays (L'irlande) confronté à un conflit sanglant entre l'IRA et les anglais, et qui m'a complètement chamboulé (la scène où le petit Mickey se trouve pris dans une explosion qui va connaitre une fin tragique pour l'un des personnages vous prend aux tripes et vous étreint le coeur). Le petit plus, c'est que ce conflit, vécu de près par les proches de Mickey, comme sa mère, Josie, ou Paddy, son grand frère, qu'il déteste)  est vu à travers les yeux d'un enfant, et il prend un sens particulier, car il n'y a pas les même tenants et aboutissant: Mickey ne voit et ne comprend pas le mal qu'il peut faire aux siens, devant ses actes de bravoure qui  peuvent avoir des conséquences dramatiques. 
C'est difficile, je n'arrive pas à décrire tout ce que je ressens sur ce livre (c'est souvent comme ça quand un livre me chamboule et  fait faire un bond à mon coeur. Comment retranscrire tout ce qu'il ma fait vivre émotionnellement. Alors, juste vous dire: lisez le et partez à la découverte de ce petit garçon charmant, qui certes, peut être arrogant (comme tous les enfants) agaçant parfois, mais touchant, qui vous fera pleurer, j'en suis sûr. En tout cas, il saura vous prendre votre coeur comme il a pris le mien. 
Au final, un roman bouleversant, sur un sujet déjà lu (l'apprentissage d'un enfant vers l'adolescence, avec les questionnements et les chamboulements que cela comportent), mais dans un contexte inédit pour moi (le conflit anglo-irlandais dans les années 80) vu à travers les yeux d'un enfant. Bouleversant et auquel on pense longtemps après avoir refermé le livre. 

Paul McVeigh: Un bon garçon (The Good Son),Philippe Rey, 249 pages, 2016



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